Anniversaire 80 bougies pour Zetor
Il y a quatre-vingts ans exactement, le 15 mars 1946, sortaient les tout premiers tracteurs Zetor Z25 de la ligne d’assemblage de l’usine Zbrojovka de Brno. L’événement était le point de départ d’une marque qui est parvenu à se développer et perdurer en dépit du contexte historique et politique particulièrement difficile.
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Il aura fallu une certaine dose de génie industriel et commercial aux employés tchèques de l’usine Zbrojovka de Brno pour bâtir la marque comme Zetor. Robustes, innovants et économiques, ces tracteurs ont fait le bonheur, tout au long de la deuxième moitié du XXe siècle des agriculteurs des pays de l’Est, mais aussi de Scandinavie ou, en France, des régions de polyculture-élevage. Si le sigle de la marque autrichienne de tracteurs Steyr représente une cible dans un cercle, l’ancien logo de Zetor, un Z à l’intérieur d’un fut de canon était tout aussi guerrier. Peut-être faut-il voir dans cette analogie, le signe d’origines semblables puis d’évolutions parallèles dans l’histoire tourmentée de ces régions qui appartenaient jadis à l’empire austro-hongrois. Les deux constructeurs plongent en effet leurs racines dans les arsenaux de cette grande puissance dont les forgerons ont pu pendant des siècles édifier des fortunes grâce aux rivalités européennes. Et, en 1864, alors que Joseph Werdl fondait dans la riante cité de Steyr en Autriche, la société de production d’armes et de scies, une forge se mettait en place dans la province de Bohème à Brno. Jusqu’en 1918, les deux sites ont assemblé de concert les fameux fusils autrichiens Mannlicher. Mais après l’effondrement de l’empire austro-hongrois, la Tchécoslovaquie a gagné son indépendance, tout comme la manufacture d’armes de Brno qui a alors été rebaptisée Zbrojovka Brno.
Des fusils sous licence allemande Mauser, puis des armes conçues à Brno ont donc remplacé les fusils autrichiens. Dans les années qui ont suivi, les activités se sont diversifiées dans la réparation de matériels ferroviaires, dans la production de matériels téléphoniques et dans les automobiles. En 1933, Zbrojovska, ce constructeur, a même connu un certain succès avec son modèle Z4, une automobile à traction avant équipée d’un moteur deux temps. Mais la deuxième guerre mondiale et l’annexion de la Tchécoslovaquie par le troisième Reich allemand allaient mettre un terme à cette aventure. Les nazis appâtés par la position stratégique de Brno, à l’abri des bombardements alliés, ont réquisitionné le site et l’ont transformé en une usine d’aviation « Flugzeugwerke Ostmark ».
Dessinés en cachette
Et très étrangement, c’est durant ces années de plomb que les tracteurs Zetor sont nés. Leurs premières esquisses ont, en effet, été tracées aux nez et à la barbe de leurs occupants par un petit groupe d’ingénieurs résistants. C’est ainsi qu’à la fin de la guerre, alors que les installations industrielles avaient été très sévèrement endommagées par les bombes alliées, ces techniciens se sont immédiatement attelés au développement du premier Zetor 25. Il s’agissait d’un tracteur équipé d’un diesel à deux cylindres avec injection indirecte de 2 078 cm3 et 25 ch. Il offrait 6 vitesses avant et deux arrière réparties sur deux gammes et surtout, rareté pour l’époque, le blocage du différentiel.
Ce modèle modernisé en 1948 et, devenu alors, le Zetor 25 A, a été produit jusqu’en 1961. Il a connu très vite, un succès commercial grâce à sa conception moderne.
Dans les années qui ont suivi, Zetor a diversifié sa gamme : le monocylindre de 15 ch, Zetor 15, lancé en 1947, n’a connu qu’un succès mitigé puisque seulement 1 800 d’entre eux ont été produits. Après 1955, a commencé la montée en puissance avec les premiers quatre cylindres de 4 156 cm3 : d’abord le Zetor Super 35 de 42 ch puis, en 1960, le Super 50 de 50 ch.
Des tracteurs avancés produits en masse
Après 1963, voulant répondre de manière efficace aux demandes diversifiées de ses clients, le constructeur s’est attaché à standardiser sa gamme et a lancé, avec les 2011, 3011 et 4011, sa première gamme unifiée URI. En deux, trois et quatre cylindres de 39 à 53 ch, leurs moteurs à injection directe comportaient déjà une chambre de turbulence dans le piston. Le partage de composants communs à l’ensemble de ces tracteurs devait permettre d’en rationaliser la production.
En 1968, Avec la série 5, cette gamme a connu un premier lifting et s’est enrichie du modèle 5511 de 60 ch. C’est à cette époque, que fut intégrée pour la première fois, sur le modèle 5611, la large cabine qui allait compter dans la réputation de la marque. En 1972, avec les modèles de la série 7, 4712, 5711 et 6711 de 42 à 60 ch, cette gamme connut une seconde vague de modernisation notamment pour renforcer les capacités de charge de ses composants. Ces modèles ont par ailleurs inauguré un nouvel essieu moteur frontal ainsi qu’un dispositif de doubleur sur la transmission.
Plus puissants, les tracteurs Crystal de la seconde gamme unifiée URII sont apparus en 1968. Ce fut le premier tracteur du monde à recevoir en standard une cabine répondant aux normes anti-retournement. Les 8011 en deux roues motrices et les 8045 en quatre roues motrices adoptaient un quatre cylindres de 4 562 cm3. À partir de 1973, les modèles 6 cylindres ont été produits dans l’usine slovaque ZTS de Martin, un site qui s’était spécialisé dans la production de matériels lourds et qui fabriquait également des pelleteuses sous licence Poclain ou des bulldozers d’origine Hanomag.
Les premiers six-cylindres de 120 ch, les 12011 et 12045, furent proposés à partir de 1974. En 1978, le montage d’un turbocompresseur fabriqué par Holset a permis à Zetor de proposer les 10011/45 et 16045 de 100 et 160 ch. Cette période a véritablement représenté un âge d’or pour le constructeur tchèque. Ses capacités de production de masse ainsi qu’une certaine robustesse mais aussi à des arguments techniques tels que l’embrayage de prise de force, les commandes électropneumatiques, la cabine la plus large du marché avec siège conducteur face à la route ou des transmissions modernes ainsi que des prix très compétitifs ont permis à la marque de se constituer des parcs impressionnants dans les pays de l’Est, mais aussi dans l’Ouest ou en Amérique du Nord
Des Zetor sous le logo John Deere
À l’époque l’usine de Brno s’étendait sur un site de 110 ha et possédait sa propre centrale thermique. Elle maîtrisait l’intégralité de la fabrication des moteurs et transmission. Le constructeur tchèque a également cédé des licences de production à d’autres constructeurs. Ainsi le Polonais Ursus a produit à partir de 1965 et jusqu’en 1992, 650 881 exemplaires du modèle C4011 de 45 ch. En Inde, depuis 1972, HMT international produit les modèles 4511, 4922 et 5911 de 45 à 59 ch et Sonalika montait sur ses tracteurs des moteurs fabriqués sous licence Zetor. Enfin, dans les années 90, John Deere a conclu un accord de production avec Zetor qui lui a livré les tracteurs de la série 2000 commercialisés en vert et jaune dans les pays de la péninsule ibérique et d’Amérique du Sud. En France, ces tracteurs d’abord importés dans les années soixante-dix par la société Interagra de Jean-Baptiste Doumeng, puis par la société d’État tchécoslovaque Motokov et enfin à partir de la fin des années quatre-vingt-dix par la filiale Zetor France.
Les marchés émergents pour rebondir
Mais dans les années 1990, le passage à l’économie de marché et la nécessaire réorganisation de la production ont été difficiles à gérer. La séparation de la Tchéquie et de la Slovaquie a fait perdre à Zetor la maîtrise de ses modèles 6 cylindres. Malgré un réseau commercial dynamique et le ballon d’oxygène amené par le contrat avec John Deere, une très longue grève s’est soldée par des arrêts de production et une perte de confiance de la clientèle.
En 2002, après avoir racheté le constructeur, le groupe slovaque HTC a engagé s’est efforcé de moderniser et réorganiser la production. Aujourd’hui, il décline ses fabrications en modèles modernes destinés aux marchés européens, notamment sur son marché intérieur, où il est toujours très présent et d’autres pour les marchés non soumis aux normes d’émissions. Ainsi ses Compax, Hortus, Major, Super sont distribués en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Le VST Zetor 5011, pour sa part, est destiné au marché indien. Dans ses développements le constructeur étudie actuellement un tracteur cabine délivrant de 80 à 100 chevaux. En parallèle, en 2025, en faisant appel à Deutz pour le moteur, ZF pour la transmission et Pininfarina pour le design, il a lancé pour les marchés européens une série 6 de 130 à 170 chevaux. D’ici quelques mois une toute nouvelle série 5 devrait être présentée. Depuis 1946, Zetor a produit plus de 1,3 million de tracteurs.
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